Alain Gralepois : « Les politiques culturelles révèlent les différences mais participent aux dépassements des oppositions »

Discours d'ouverture d'Alain Gralepois lors de la Conférence Régionale Consultative de la culture
Le 10 mai 2012

« Mesdames, Messieurs,

Nous venons de vivre un moment politique important de la vie démocratique de notre pays. La période qui s'ouvre devant nous est porteuse de changement et ce changement est synonyme d'un renouvellement des politiques publiques, et parmi elles, des politiques culturelles.

Cette élection présidentielle a révélé les attentes, mais aussi les doutes, de nos concitoyens à l'égard de leurs représentants. Je ne ferai ici que deux constats qui mériteront d'être analysés plus profondément et qui interpellent les responsables politiques qui se reconnaissent dans les valeurs républicaines et humanistes.

Le premier constat est l'un des enseignements du premier tour de l'élection présidentielle : celui de l'adhésion d'une partie croissante de l'électorat, y compris dans notre région, aux discours, si ce n'est aux idées xénophobes et nationalistes qui attisent les peurs et l'enfermement. Est-ce l'expression d'un sentiment de délaissement, de déclassement, d'abandon? En tant qu'élus et acteurs de la vie culturelle, ceci nous interroge d'autant que ce vote s'implante de plus en plus dans les territoires périurbains et ruraux qui n'étaient pas perçus comme des lieux de relégation.

Le deuxième constat est celui d'une attente très forte de récréer du rassemblement, de la cohésion, cette demande est le corollaire d'un rejet des logiques de divisions du corps social et de stigmatisation d'une partie de nos concitoyens. Là encore, les politiques culturelles, révèlent parfois les différences, les divergences mais participent au dépassement des différences et des oppositions. Comme l'écrivait Michel Duffour, Secrétaire d'Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle en 2005, « le désir d'art préfigure celui d'une manière de vivre ensemble où chacun peut compter sur chacun pour se réaliser soi-même ».

Il ne s'agit pas ici d'ouvrir un débat de politique générale mais plutôt de garder à l'esprit ce contexte car la Conférence régionale consultative de la culture n'est pas à l'écart de ces problématiques, au contraire, elles sont une partie du sens des politiques culturelles. D'ailleurs, le premier mandat de la Conférence a permis de questionner la place de l'art et de la culture dans la société et le territoire, et de réaffirmer l'attachement et l'engagement de chacun dans la vie culturelle et artistique.

La période qui s'ouvre devrait permettre de connaître une nouvelle étape dans la décentralisation et les priorités de la politique culturelle de l'Etat. De toute évidence, les collectivités territoriales devraient voir leur rôle réaffirmé. Au fil des décennies de décentralisation, la culture s'est affirmée comme une compétence partagée. Depuis les lois de décentralisation de 1982 et 1983 et jusqu'en 2010, les trois niveaux de collectivités territoriales bénéficiaient d'une liberté d'intervention grâce à une clause de compétence générale. Récemment, la loi de réforme des collectivités territoriales a restreint cette possibilité en affirmant que la culture, le sport et le tourisme sont des compétences partagées, ce qui exclut la jeunesse, l'éducation populaire, qui sont pourtant des compétences partagées.

Retrouver une liberté d'intervention dans l'ensemble de ces domaines aux trois niveaux de collectivités communal, départemental et régional, n'empêche pas de rechercher une meilleure organisation des interventions publiques en considérant les complémentarités. La clause de compétence générale a permis aux collectivités d'inventer des réponses spécifiques dans les territoires, aujourd'hui personne ne conteste le rôe moteur des collectivités dans la mise en oeuvre de politiques publiques. Le manque de lisibilité de certaines interventions ne vient pas du prétendu mille-feuille, mais plutôt de la logique de transfert de compétence qui a prévalu depuis 2004 et qui a conduit à un morcellement de blocs de compétence au détriment d'une répartition des rôles.

Aujourd'hui les collectivités ont développé une expertise dans certains domaines qui en font des chefs de file naturels. La Conférence régionale de la culture peut être l'espace qui affirme les complémentarités des politiques culturelles collectivités publiques dont l'Etat et permet d'identifier de nouveaux champs d'intervention. L'une des spécificités de la Région est de pouvoir faciliter le croisement des expériences sur un territoire régional qui est aujourd'hui un espace pertinent de réflexion.

Il faut ici revenir sur le sens de la Conférence régionale consultative de la culture. La Conférence est issue d'un constat : le secteur culturel compte de nombreuses structures, équipes artistiques, festivals et souffre d'une forme de morcellement qui laisse certains acteurs très isolés. D'autre part, il n'existe pas, comme dans certains secteurs d'activités (Chambre de commerce, et d'industrie, Chambre d'agriculture) un lieu de représentation et de dialogue avec les collectivités publiques.

La Conférence régionale de la culture doit permettre une représentation de tous les secteurs dans la diversité de leurs métiers à l'échelle régionale pour favoriser la structuration des filières culturelles. C'est aussi un espace de co-construction avec les collectivités territoriales et l'Etat des politiques culturelles en région sur des enjeux transversaux aux secteurs.

Il s'agit d'expérimenter un autre mode de gouvernance des politiques culturelles pour améliorer les politiques publiques et permettre le développement durable de la vie culturelle dans notre région.

En octobre dernier, nous avons fait un bilan d'étape qui nous a permis de constater le chemin parcouru depuis le lancement en octobre 2009 de la Conférence consultative de la culture et de constater qu'elle avait fait la preuve de son utilité.

Initier une telle expérimentation était et reste un pari pour tous : un pari pour les acteurs culturels qui acceptaient de participer à une instance inédite ; un pari pour les institutions, les partenaires sociaux, les collectivités publiques qui ont pris part à cette démarche expérimentale. Il faut ici saluer la participation de tous à une démarche qui s'est définie, précisée au fil des mois. Réunir l'ensemble des secteurs artistiques, y associer des réseaux d'éducation populaire, des représentants des salariés, des syndicats et organisations patronales, des collectivités territoriales et l'Etat, est encore à ce jour une démarche inédite en France. Faire en sorte que les 130 membres se connaissent et se reconnaissent puis s'accordent sur les enjeux et les priorités n'était pas écrit à l'avance. La première réussite de la conférence a été de construire un langage et des repères communs.

Le premier mandat de la Conférence a permis de réussir cela. Les travaux des commissions transversales et sectorielles montrent que le travail effectué et le chemin accompli est conséquent. Des questionnements transversaux en matière de développement économique, d'emploi, de formation, de relations aux publics et aux territoires et d'observation ont été posés.

Des chantiers ont été engagés à l'instar de la démarche d'observation participative et partagée initiée par le Pôle de coopération des acteurs des musiques actuelles et maintenant étendu à l'ensemble des secteurs. Parmi les autres chantiers qui ont abouti, il faut également citer la charte destinée aux conseils de développement. Les travaux des commissions sectorielles ont également produit des résultats, comme par exemple sur la numérisation des salles de cinéma ou encore l'étude sur les lieux de travail des artistes qui a permis d'identifier les faiblesses et d'envisager des solutions. Certaines réflexions ont aussi permis d'identifier des enjeux prioritaires pour la nouvelle conférence comme la question de la formation professionnelle et de l'emploi, la relation aux publics, l'aménagement du territoire, les conditions de création et de production.

Bien sûr, il y a également des échecs. Ainsi la question des publics a peu été abordée, la question de l'émergence artistique n'a pas réellement trouvésa place, les médias culturels n'ont pas eu réellement d'espace pour porter leurs questionnements.

L'ensemble de ces éléments positifs et négatifs constituent un socle sur lequel s'appuieront les travaux de la Conférence dans cette nouvelle étape. En effet, il s'agit bien sûr de s'inscrire dans une continuité et de poursuivre le travail engagé lors du premier mandat sur les chantiers transversaux mais aussi la structuration des filières, en s'appuyant notamment sur les données produites par l'observation. La Région assume son rôle d'animation de la Conférence en lui donnant les moyens de se réunir, en accompagnant les réunions, cependant, la Conférence n'appartient pas à la Région, elle est un espace mis à  la disposition de tous les représentants pour inventer, dessiner ensemble un mode de co-construction des politiques culturelles et de structuration des filières à l'échelle régionale. L'enjeu est aussi de donner à ce travail une portée concrète, c'est l'attente qui a été exprimée lors de la première étape.

Pour nous, l'objectif de ce mandat de la Conférence consultative de la culture pourrait être de traduire l'ensemble des enjeux et des chantiers dans un texte d'orientation partagées, sous la forme un schéma collectif pour la culture en Pays de la Loire. Autrement dit, il s'agirait de construire ensemble des réponses dans la période qui s'ouvre de reconstruction des politiques culturelles afin de permettre à la vie artistique et culturelle de prendre un nouvel élan et de définir comment les politiques publiques peuvent l'accompagner.

C'est le travail que nous vous proposons de mener ensemble, un travail ambitieux pour la culture dans notre région.

Je vous remercie »

Alain Gralepois
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